L'Art qui soigne

Comme vous le savez peut être, ma première rencontre, en tant qu'adulte, avec la pratique artistique s'est faite alors que j'étais au plus bas, dans un état qu'on appelle dépression réactionnelle. J'étais âgée d'à peine 20 ans et je ne comprenais pas moi même ce qui m'arrivait, ce qui avait bien pu se produire pour que cette jeune fille positive et pleine de vie que j'étais pense à mettre fin à ses jours.

Une rencontre avec Soi


Et il y a eu cette rencontre, un stage en aquarelle dont j'entends parler, je ne sais plus trop comment ni quand... Et il y a cette demande de ma psy de l'époque de trouver une occupation qui me fait plaisir. Alors je m'inscris, et cette semaine me sauve littéralement la vie.


L'Art soigne, oui l'Art m'a soignée. En fait, ce serait plus correct de dire que c'est la pratique de cette activité qui consistait à voir le beau, à créer quelque chose de bien, en prenant tout ce qu'il y a de bon... qui m'a sauvée.


Pendant cette semaine, aucune approche thérapeutique à proprement parler, aucun échange sur ce que je vivais alors, aucune référence même à mon état. Personne ne savait ce qui se passait pour moi, le flux d'émotions désagréables auxquelles je devais faire face à ce moment là. Personne ne se doutait, parmi les personnes qui étaient présentes autour de moi, qu'à l'intérieur bouillonnait ce volcan émotionnel.


Je ne me souviens d'ailleurs même pas des personnes qui ont partagé cette semaine avec moi. Ce dont je me souviens le plus clairement, c'est cette sensation de renouer avec une part de moi qui savait apprécier le bon, cette part de moi qui avait inscrit en elle la puissance de la Vie et de l'En-Vie.


Une reconnexion au monde


Parcourir ces lieux chargés d'histoire, ces cases en tôle abandonnées derrière ces grilles toutes rouillées au coeur de ma ville natale, me rendre simplement au Museum d'histoire naturelle, passer des heures à observer, sentir et toucher la nature pour mieux la croquer sur mon papier et lui rendre hommage avec toutes ces nuances de couleurs... toute une exploration sensorielle !





Et c'est bien là la puissance de la pratique artistique, du processus de création.


Cette connexion à ses perceptions sensorielles, une reconnexion à ce que j'appelle aujourd'hui ma bulle de création.


Il y a là cette présence à Soi et cette présence au monde dans la relation que nous construisons avec lui. Il y a "Je" et il y a "Cela".


Il y a moi et il y a cet arbre, il y a cet arbre que je perçois, que je peux sentir comme un mouvement, que je peux ranger dans une espèce, que je peux annihiler, volatiliser, éterniser en le réduisant à un nombre,... "Mais il peut se faire aussi que, de propos délibéré, et en même temps par l'inspiration d'une grâce, considérant cet arbre, je sois amené à entrer en relation avec lui. Il cesse alors d'être un Cela". (Extrait de "Je et tu" de Martin BUBER)


Il y a là cette envie de découvrir d'autres mondes, d'autres lieux, d'autres relations, d'autres manières d'être à ce monde qui m'entoure. Il y a là la volonté de vivre encore.


Une reconnexion à l'En-Vie


Alors oui, l'Art soigne, la pratique artistique guérit car elle nous amène à nous repositionner dans notre relation à ce qui nous entoure comme dans notre relation à notre propre pouvoir de création.


Et à chaque rencontre, nous expérimentons, quelle que soit notre outil d'expression artistique, une façon de percevoir et de faire re-naître, par notre action de création artistique, ce monde, sous l'égide de cette relation intime dans laquelle nous nous impliquons.






C'est la raison pour laquelle je me suis formée en tant qu'Art Thérapeute et c'est ce qui m'a amenée, aujourd'hui, à créer le programme de formation de Praticien en Art Thérapie et Accompagnement du changement par l'art.

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